Le blues du voyageur

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Voilà, je suis rentrée. Mardi. Il reste encore des dizaines d’articles à écrire sur nos aventures, ils seront fait, promis, mais pas tout de suite.

Pour l’instant il faut « atterrir ».

Il vient de se passer 6 mois condensés, de hauts et de bas, de pleurs et de rire, de crises de nerfs et de fous rires. J’ai vu des paysages de fous, certaines des nouvelles merveilles du monde, j’ai rencontré des gens formidables, des gens que je ne reverrais probablement jamais.

Lorsqu’on part en voyage, il y a deux grandes catégories de gens qui nous entourent : ceux qui sont contents pour nous et qui nous poussent, et ceux qui ne comprennent pas et qui ont peur.
Ces personnes jouent des rôles importants et différents à notre départ et à notre retour.

Avant de partir, bien sûr j’ai entendu plein de belles choses « c’est génial ce que tu fais », « tous les jeunes devraient partir ! », « j’aimerais le faire aussi » !
Mais il y a aussi les « tu es complètement inconsciente ! C’est des endroits dangereux, il va t’arriver des bricoles ! », « Tu laisses ton homme 6 mois à la maison et tu crois qu’il sera toujours là quand tu rentreras ?! », « Tu serais ma fille jamais je te laisserais partir ! » ..

On les entends sans les entendre, mais parfois c’est compliqué.
Et on se dit qu’au retour, finalement, tout le monde sera content !

Mais on retrouve l’inverse, ceux qui nous poussaient nous disent à que « ça doit être dur de rentrer après tout ça, je sais pas comment tu fais, moi, je repartirais de suite haha ! » Haha. Oui, mais il faut des sous pour ça, et bizarrement, je n’en ai plus. Et ceux qui avaient peur sont heureux de nous voir saines et sauves.

Voyager, c’est découvrir le monde, se découvrir soi-même, et changer, sans s’en apercevoir.

C’est manquer Noël, des anniversaires, des moments en famille important. Des décès qu’on a appris par internet.

C’est avoir peur qu’en rentrant, nos copines ne nous reconnaissent plus. Avoir peur que notre conjoint ne nous aime plus pour ce que nous sommes devenues. Avoir peur même, d’être un étranger parmi les siens.

 

Voyager, c’est comprendre ce qu’il se passe ailleurs, et être capable de comparer. La France est à mes yeux un beau pays, qui fonctionne sur un schéma pas toujours parfait, mais bien meilleur que ce que j’ai pu voir « ailleurs ».
Et rentrer en train, arriver à minuit, et entendre la première phrase qui vient de ma ville : »La France, c’est vraiment un pays de merde ». Bienvenue à la maison. Désolée Monsieur, je n’ai pas le courage de te démontrer le contraire, mais j’aimerais que tu saches à quel point tu te trompes.

Rentrer, c’est aussi prendre dans la gueule tout ce que tu as oublié depuis ces quelques mois. Les factures. Les impôts. les garanties, les combats administratifs pour que tes lunettes qui sont rayées soient prises en charges car le verre est sensé être anti-rayures, et, et, et merde, j’étais en train de chevaucher un renne il y a 10 jours !!!

Rentrer c’est devoir réintégrer ce moule que l’on s’est appliqué à fuir.
C’est entendre des phrases anodines dites sur un ton enjoué « Hihi, c’est comme si tu n’étais jamais partie ! » (Désolée maman, je te jure celle là elle m’a fait bizarre !).

Mais elle a raison ma maman. C’est comme si j’avais rêvé, fantasmé tout ce qu’il s’est passé. Je le vois comme dans une bulle, dans du coton, un brouillard, c’est pas vraiment arrivé, c’est pas moi qui l’ai vécu.

Car ici rien n’a changé. Tout le monde travaille, a un emploi du temps chargé, n’a pas le temps. Je raconte mes histoires, doucement, par petits bouts car j’ai peur d’envahir, de gêner.
J’ai l’impression de devoir faire comme si ça n’était pas arrivé. Parce que ça semble déplacé dans « le monde réèl ».

Et puis, de toute façon, dans quelques temps, quand « on aura fait le tour » (mais comment est-ce possible …), mon voyage sera considéré comme un événement passé, si j’en parle, on me diras « ouiii oh toi, on sait on sait, tu as tout vu, avec ton voyage là, c’est bon ! »

Alors je vais oublier sans oublier que je suis partie. Ces choses qui sont en moi le resteront.

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Mais il y a des aspects positifs au retour, il ne faut pas croire !

Je suis heureuse de retrouver ma famille, mes amis, mon chéri. J’ai des projets plein la tête, et c’est bien car ça m’occupe les mains et l’esprit.

Je rêve bien sûr de repartir. En amoureux. J’espère d’ici 2 ans, quand on sera prêts.

En attendant, je m’occupe des expositions qui concernent ce voyage là, d’écrire des articles pour un guide de voyage en ligne, de moi, de millions de choses et au fond j’aime ça !

Rien ne m’empêchera jamais de repartir si je le désire.

Et je crois qu’à chaque départ, le retour est plus simple, car on rêve déjà de « celui d’après ».

Le plus beau voyage c’est celui qu’on n’a pas encore fait.

Il me tarde 🙂

 

Marion.

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